Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Cent-Et-Un.
—«On dit, en matière de commerce et d’intérêt, cinq pour cent, dix pour cent, cent pour cent.» (ACAD.) Cinq du cent ne vaut rien, car cela signifie cinq de le cent, et l’on ne peut certainement pas dire le cent de francs, un cent de francs. Mais on dirait correctement je vous donne cinq francs du cent d’œufs, parce qu’on dit le cent d’œufs.
—Cent, placé entre deux noms de nombre, est invariable.
—Cent, placé entre un nom de nombre qui le multiplie et un substantif, est variable.
—Cent, n’étant pas suivi d’un substantif, peut être encore variable, mais il faut alors qu’il exprime un nombre concret. L’hospice des Quinze-Vingts (sous-entendu aveugles).
—Si le nombre était abstrait, cent serait invariable: en l’an quatre cent. C’est comme s’il y avait en l’an quatre centième.
CENT-ET-UN.
LOCUT. VIC. Le livre des cent et un.
LOCUT. CORR. Le livre des cent un.
La raison, l’analogie et l’usage veulent que l’on dise cent un. La raison: car si des mots doivent être courts, ce doit être, sans contredit, les noms de nombre. Destinés à seconder une opération de l’esprit qui se fait habituellement, ou doit se faire, du moins, avec promptitude, ces mots ont besoin de pouvoir être énoncés rapidement.
L’analogie: puisqu’on dit cent deux, cent trois, cent quatre, vingt-un, quarante-un, quatre-vingt-un, quatre-vingt-onze.
Quant à l’usage, nous en appelons à nos lecteurs. Ont-ils jamais entendu prononcer cent et un hommes? Ne dit-on pas cent un hommes?