Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Si.... Que.
Le P. Bouhours blâme cette phrase: Il n’est pas si faible que vous. «Il faut, dit-il, aussi faible, etc., ce parce qu’il y a comparaison. On met si quand on ne compare pas.
«Je crois, comme le P. Bouhours, ajoute Féraud, qu’aussi vaudrait mieux dans cette phrase, comme autant vaut mieux que tant, lorsqu’il y a comparaison.» (Dict. crit.)
M. Chapsal (Dict. gramm.) pense qu’on peut tout aussi bien dire: La violette n’est pas aussi belle que la rose, il n’est pas autant aimé que vous l’êtes, ou la violette n’est pas si belle que la rose, il n’est pas tant aimé que vous l’êtes. Nous n’approuvons pas cette tolérance, parce qu’il nous paraît nécessaire de déterminer d’une manière claire et précise la différence qui existe nécessairement entre deux synonymes, et nous adoptons entièrement le sentiment de Bouhours et de Féraud.
—Aussi se joint aux adjectifs et aux adverbes, autant aux substantifs et aux participes.
—Autant comme s’est dit autrefois:
Qu’il évite l’amour autant comme les flammes.
(PASSERAT.)
Cela ne se dit plus.
SI.... QUE.
LOCUT. VIC. Donnez-m’en un, si petit qu’il soit.
LOCUT. CORR. Donnez-m’en un, quelque petit qu’il soit.
«Quelques auteurs se sont servis de si, suivi de que, dans le sens de quelque... que. Aucune âme, si parfaite qu’elle soit, n’a jamais ici-bas une contemplation perpétuelle (FÉNELON). Si divisée qu’elle pût être, etc. (PLUCHE). Il me semble que ce tour vieillit, que du moins il n’est que du style familier, et que quelque... que est plus sûr et plus autorisé. Anciennement on mettait si à la place de quelque, mais sans que, et l’on plaçait le pronom nominatif après le verbe. En toute chose, si difficile fût-elle, pour quelque difficile qu’elle fût.» (FÉRAUD, Dict. crit.)