Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Soupatoire.

Comme les pieds sont dans les souliers, et non les souliers dans les pieds, il faut dire: Cet homme n’a pas de souliers aux pieds, ou mieux encore: Cet homme n’a pas de souliers, comme le dit l’Académie. Tout le monde sait fort bien que les souliers ne conviennent qu’aux pieds.

 

L’Académie dit aussi que cette manière de parler: n’avoir pas de souliers dans les pieds est une hypallage. C’est fort possible, mais c’est de plus une sottise.

 

SOUPATOIRE.

 

LOCUT. VIC. Nous fîmes un dîner soupatoire.

LOCUT. CORR. Nous fîmes un dîner-souper.

 

M. Boiste traite ce mot de burlesque, et il a parfaitement raison; mais il y a des personnes qui l’emploient sérieusement, et nous sommes bien aises de leur faire savoir que ce mot n’a pour lui aucune autorité qui le protège contre le rire moqueur.

 

Soupatoire vaut bien dînatoire, et dînatoire vaut bien soupatoire; mais chacun d’eux ne vaut rien.

 

SOUPER (Voy. DÉJEUNER).

 

SOUPOUDRER.

 

LOCUT. VIC. Soupoudrez ce poisson de farine.

LOCUT. CORR. Saupoudrez ce poisson de farine.

 

A la rigueur, saupoudrer ne devrait jamais être employé que pour signifier poudrer de sel, d’après la composition étymologique de ce verbe, dont la première syllabe sau a la valeur du mot sel, comme dans saumure, saumâtre, saunerie, saupiquet, etc. Maintenant saupoudrer se dit par extension de tout ce qu’on poudre de sucre, de poivre, etc., et c’est ainsi que la méprise de quelque ignorant en crédit aura probablement doté notre langue d’une logomachie absurde.