Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Siau.
«J’ai vu une grande dispute à Grenoble, dit L. A. Allemand (Nouv. rem. de Vaugelas, 1690, p. 468.) pour savoir si l’on devait appeler les peuples de Savoie Savoyards on Savoisiens, jusques-là même qu’on faillit à en venir aux mains. Les Savoisiens qui étaient venus d’Annecy et de Chambéry à Grenoble, pour y tirer un prix général de l’arquebuse, prétendaient que les Lyonnais qui y étaient aussi, les avaient offensés en les appelant Savoyards. Ils disaient que ce mot de savoyard n’avait été destiné par notre usage qu’à signifier ces misérables ramoneurs de cheminées, et qu’ainsi c’était un terme de mépris, et qu’il fallait appeler les peuples de Savoie des Savoisiens. En sorte qu’il fut résolu, dans une assemblée de plus de trois mille hommes, tous armés, qu’on ne les appellerait plus Savoyards, mais Savoisiens. Cependant, dit notre auteur en terminant, comme on ne connaît presque pas ce mot à Paris, je ne voudrais pas condamner ceux qui disent savoyard en toutes manières, puisque un grand nombre de bons auteurs ne parlent pas autrement.»
C’est sans doute par distraction que M. Thiers a employé le mot savoisien dans le passage suivant: «Il forma aussitôt une assemblée de Savoisiens, pour y faire délibérer sur une question qui ne pouvait pas être douteuse, celle de la réunion à la France.» (Hist. de la Rév., t. 3, p. 200.) Il est impossible que ce soit avec réflexion qu’un académicien ait employé cette mauvaise expression.
SIAU.
PRONONC. VIC. Il pleut à siaux.
PRONONC. CORR. Il pleut à seaux.