Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Yeux.
«Quand le verbe qui suit le pronom y, dit Laveaux, commence par un i, on supprime ce pronom pour éviter la rencontre des deux i, qui formeraient un son désagréable. Ainsi, au lieu de dire: il m’a dit qu’il y irait, on dit: il m’a dit qu’il irait.» (Dict. des diff.)
Si l’on voulait dire que quelqu’un ne comprend rien à une affaire, on dirait cependant: il n’y voit goutte, parce que cette phrase équivaudrait ici à: il ne voit goutte à cela, là-dedans.
YEUX.
LOCUT. VIC. Ce bouillon, ce fromage a des yeux.
LOCUT. CORR. Ce bouillon, ce fromage a des œils.
Plusieurs grammairiens ont pensé que, dans plusieurs cas, le substantif œil doit avoir pour pluriel œils et non pas yeux. Nous nous rangeons à cet avis, parce que nous désirons contribuer à faire disparaître la déclinaison hybride de ce mot, comme dit M. Ch. Nodier. Quand il s’agit d’ouvrir la porte à la raison, il faut se garder de se faire prier.
On dit aussi des œils de bœuf (terme d’architecture) et non des yeux de bœuf. Œil fait yeux au pluriel, dans le sens propre, et œils dans le sens analogique.
YEUX.
PRONONC. VIC. Zieux noirs, que je vous aime!
PRONONC. CORR. Hieux noirs, que je vous aime!
Bien des gens, en lisant ce mot placé au commencement d’une phrase, comme dans un signalement par exemple: front haut, yeux noirs, etc., le prononcent zyeux, parce qu’ils sont accoutumés à le trouver presque toujours précédé d’un s ou d’un x, comme dans ces locutions: mes yeux, tes yeux, ses yeux, vos yeux, leurs yeux, les yeux, aux yeux, etc. Un peu de réflexion doit faire voir que le mot yeux doit être prononcé hyeux, toutes les fois qu’il n’est pas précédé d’un s on d’un x.