Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Pécunier.
La première prononciation est un archaïsme:
Un maistre ès-arts mal chaussé et vestu
Chez un paisant demandait à repaistre.
(MELLIN DE ST.-GELAIS.)
On fait en Italie un conte assez plaisant,
Qui vient à mon propos, qu’une fois un paysant, etc.
(REGNIER, Satires.)
Elle est aujourd’hui condamnée avec raison, puisque l’on prononce en deux syllabes le mot pays, qui n’en faisait souvent qu’une seule autrefois.
Or y ayoit ung gros seigneur notable
Au pays d’Anjou, tenant fort bonne table, Et jeune estoit, aimant tout passe-temps.
(CH. BOURDIGNÉ, Légende de Faifeu, ch. XXII.)
PÉCUNIER.
LOCUT. VIC. Cet homme ne songe qu’à ses intérêts
pécuniers.
LOCUT. CORR. Cet homme ne songe qu’à ses intérêts
pécuniaires.
Pécunier est un barbarisme.
PEINER.
LOCUT. VIC. Je suis peiné de ce qui vous est arrivé.
LOCUT. CORR. Je suis chagriné de ce qui vous est arrivé.
Cette expression, que plusieurs grammairiens modernes ne se font pas scrupule d’appliquer aux personnes, parut vicieuse à l’abbé Desfontaines lorsqu’elle fut introduite en ce sens dans le monde littéraire. Aussi s’écria-t-il ironiquement (Dict. néologique): «On a toujours dit une écriture peinée, un style peiné; on peut dire aujourd’hui un homme peiné.»