Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Mégard.

Cet homme est faux: je m’en méfie.

 

Cet homme est singulier: je m’en méfie.

LOCUT. CORR. Cet homme est faux: je m’en défie.

 

«Se méfier exprime un sentiment plus faible que se défier. Cet homme ne me paraît pas franc, je m’en méfie; cet autre est un fourbe avéré, je m’en défie. Se méfier marque une disposition passagère et qui pourra cesser; se défier est une disposition habituelle et constante. Il faut se méfier de ceux qu’on ne connaît pas encore, et se défier de ceux par lesquels on a déjà été trompé. Se méfier appartient plus au sentiment dont on est affecté actuellement; se défier tient plus au caractère, etc.» (Dict. de l’Acad. 1802.)

 

MÉGARD.

 

LOCUT. VIC. Il a fait cela par mégard.

LOCUT. CORR. Il a fait cela par mégarde.

 

Mégarde est composé de la particule péjorative mé et du substantif garde. Ainsi mégarde équivaut à mauvaise garde, c’est-à-dire manque d’attention, comme mécontent équivaut à mal-content, mépriser à priser (estimer) mal, etc.

 

MEMBRÉ.

 

LOCUT. VIC. Cet homme est bien membré.

LOCUT. CORR. Cet homme est bien membru.

 

Selon l’Académie et les meilleurs lexicographes, membru est le seul mot dont on doive se servir pour signifier qui a les membres gros et puissans. Membré est aussi un mot français, mais ce mot appartient exclusivement au jargon frivole, comme dit La Fontaine, connu sous le nom de blason. On dit que les jambes et les cuisses des aigles et d’autres animaux sont membrées quand elles sont d’un émail différent de celui de l’animal.