Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Bringueballer, Trinqueballer.

 

LOCUT. VIC. Ces gens-là m’ont assez bringueballé,

trinqueballé aujourd’hui.

LOCUT. CORR. Ces gens-là m’ont assez brimballé aujourd’hui.

 

Les deux premiers verbes sont des barbarismes. Le troisième se trouve dans le dictionnaire de l’Académie, mais il y est noté comme familier. Sa signification est celle-ci: agiter, pousser çà et là, secouer comme des cloches qu’on sonne mal. Si l’on en croit Boiste, on pourrait aussi dire trimballer; mais nous pensons qu’on ferait tout aussi bien de s’en tenir au verbe brimballer dont Rabelais s’est souvent servi, et qui est accueilli par tous les dictionnaires.

 

BROUILLASSER.

 

Ce verbe, que l’usage admet, est repoussé par les grammairiens. Nous sommes vraiment fâché de voir les grammairiens moins sensés que l’usage, qui nous a déjà donné tant de preuves de son manque de jugement. Conçoit-on que, pour exprimer le brouillard qui règne quelquefois par une belle matinée d’été, on doive dire qu’il bruine? Mais pourquoi charger bruiner d’une nouvelle acception? La vraie signification de ce verbe est celle-ci: tomber de la bruine, c’est-à-dire, une petite pluie froide, ou un brouillard en pluie. Or, comme il peut y avoir du brouillard sans pluie, c’est précisément pour exprimer l’existence de ce brouillard que nous regardons le verbe brouillasser comme nécessaire.

 

Il ne faut pas qu’une délicatesse mal entendue nous fasse repousser des mots exprimant des idées qui ne sont pas encore représentées dans notre langue, surtout lorsque ces mots viennent compléter des familles.

 

Brouillasser est fort ancien dans la langue parlée. On l’a tiré du vieux substantif brouillas qui se disait autrefois pour brouillard: comme des nuës qui, enflées du broüillas d’une nuict, s’esvanouirent aux rayons de ce soleil, etc. (Vie de Ronsard, Œuvres, t. X, 1604.)