Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Être de Rien.

«Être à Paris est du très-bon français; être le voir est barbare. On dit: je suis allé le voir, j’ai été chez lui.

 

«La nuance de ces expressions, dans le cas même où elles peuvent être indifféremment employées sans faute grammaticale, est cependant très-importante à saisir, car c’est elle qui détermine la physionomie de l’idée. Quelqu’un qui dirait: j’ai été à Paris en poste ne dirait pas ce qu’il veut dire, s’il voulait faire entendre qu’il a pris la poste pour y aller. La logique et la langue exigent je suis allé. Il en serait de même, dans certains cas, pour cette dernière locution.

 

«Les beaux parleurs et les écrivains maniérés enchérissent ridiculement sur cette petite difficulté, en substituant l’aoriste au prétérit. C’est très-mal s’exprimer que de dire: nous y fûmes pour nous y allâmes, et il n’y a rien de plus commun. Quant à cet aoriste, même dans le sens de nous y avons été, il peut être fort bien en son lieu: le style a tant de secrets!»

 

On peut donc, en résumant tout ce qu’ont dit nos meilleurs grammairiens sur le verbe être substitué au verbe aller, conclure que cette substitution ne peut jamais avoir lieu à moins qu’à l’idée de marche, de mouvement, que présente le verbe aller, ne se joigne l’idée de séjour, de demeure, attachée au verbe être. Ainsi cette phrase: j’ai été à Paris en poste, citée par M. Ch. Nodier, est mauvaise; mais ôtez ce complément en poste, et dites j’ai été à Paris, et votre phrase deviendra bonne. Pourquoi? parce que dans le premier cas il ne s’agit que de mouvement, et que c’est le verbe aller qu’il faut employer là, et que, dans le second, il est question de séjour. La dernière phrase enfin équivaut à celle-ci: j’ai vécu, j’ai existé à Paris.

 

ÊTRE DE RIEN.

 

LOCUT. VIC. Cette personne ne m’est de rien.