Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Conséquence.
Ce verbe, employé activement, constitue un barbarisme depuis long-temps signalé par nos grammairiens, et que nous trouvons fort souvent en style de palais ou d’administration. Quand M. Boinvilliers a dit: «nos avocats les plus distingués ne disent plus: je consens cette clause, mais à cette clause,» M. Boinvilliers était dans l’erreur. Nos avocats les plus distingués font encore ce barbarisme, et bien d’autres! «Le style du barreau, dit Voltaire, est celui des barbarismes.» (Comm. sur Rodogune.)
CONSÉQUENCE.
LOCUT. VIC. La somme est de conséquence.
LOCUT. CORR. La somme est d’importance.
Plusieurs grammairiens, après avoir blâmé l’emploi de conséquent dans la signification de considérable, important, disent que l’on peut fort bien se servir du mot conséquence pour importance. C’est en vérité se montrer bien peu conséquent, et nous dirons, comme Laveaux (Dict. des difficultés), «que signifient un homme de conséquence, une terre de conséquence, et quel est l’écrivain sensé qui voudrait aujourd’hui employer ces expressions, quoique l’Académie les approuve?» De deux choses l’une: ou conséquent est bon, ou il ne l’est pas. S’il l’est, adoptez conséquence; rien de mieux; l’un vaut l’autre. S’il ne l’est pas, repoussez conséquence; l’un ne vaut pas mieux que l’autre.
CONSÉQUENT.
LOCUT. VIC. La somme est conséquente.
LOCUT. CORR. La somme est importante.
Cet adjectif ne doit jamais être employé dans le sens d’important. Aussi M. Syrieys de Mayrinhac a-t-il excité à la chambre des députés l’hilarité de ses collègues par sa fameuse locution de somme conséquente. Plusieurs années auparavant, M. de Piis avait dit, en parlant de son ouvrage intitulé: l’harmonie imitative de la langue française: «j’aurais déjà donné avis au public que je travaillais à un poème conséquent, etc.» Domergue, en relevant cette faute (Solutions grammaticales), dit avec raison que c’est «annoncer par un barbarisme les beautés de notre idiôme.»