Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Érésipèle.
LOCUT. CORR. Il court comme un dératé.
Ératé se trouve, nous le croyons, dans tous les dictionnaires, et tous les dictionnaires lui donnent la même signification qu’à dératé. M. Ch. Nodier (Examen crit. des Dict.) dit qu’ératé est un barbarisme. Nous pensons effectivement que ce mot devrait être banni pour être remplacé par dératé, dont la formation est bien plus en analogie avec les mots destinés par la syllabe prépositive dé à rendre l’idée de privation, et qui sont infiniment plus nombreux que ceux dans lesquels on a exprimé la même idée par la syllabe é. Pourquoi d’ailleurs conserver à la langue deux mots parfaitement synonymes, et qui n’ont entre eux d’autre différence que celle d’une lettre? Ne vaut-il pas mieux faire un choix?
ÉRÉSIPÈLE.
LOCUT. VIC. C’est une érésipèle.
LOCUT. CORR. C’est un érysipèle.
On trouve érésipèle dans Voltaire et quelques autres bons auteurs. C’est une vieille orthographe; maintenant on écrit érysipèle. Ainsi l’usage s’est rapproché de l’étymologie dans le cas présent. C’est le contraire de ce qu’il fait ordinairement.
ERRATUM.
LOCUT. VIC. Cette faute donnera lieu à un erratum.
LOCUT. CORR. Cette faute donnera lieu à un errata.
MM. Laveaux (Dict. des diff.) et Ch. Nodier (Examen crit. des dict.) veulent qu’on écrive errata lorsqu’il n’est question que d’une faute, comme lorsqu’il est question de plusieurs. L’Académie, MM. Boiste, Raymond, etc., disent que le singulier doit être erratum, et le pluriel errata. Certes l’étymologie est en leur faveur, car erratum est bien en latin le singulier d’errata. Mais alors pourquoi ne dirait-on pas des maxima, des minima, des patres, etc., qui sont aussi les pluriels de maximum, minimum, pater, etc.? Et pourquoi encore, vice versa, ne dirait-on pas un duplicatum, un visum, un opus puisque ces mots sont les singuliers de duplicata, visa, opera. On doit sentir combien il serait ridicule de vouloir former le pluriel des noms qu’on emprunte aux langues étrangères, de la même manière qu’il se forme dans ces langues. Ce serait ajouter de nouvelles exceptions à nos règles qui n’en ont déjà que trop. Nous ne pensons donc pas que MM. les députés qui, à la séance du 7 mars 1832, se mirent à rire en entendant M. le président annoncer que le Moniteur publierait un errata pour la séance de la veille, aient eu raison dans leur critique grammaticale. Errata est maintenant employé au singulier par nos meilleurs écrivains.