Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Apostume.

Maintenant donc que la prononciation du substantif août ne fait plus qu’une seule syllabe, pourquoi s’obstiner à en donner deux au verbe aoûter (mûrir par le soleil d’août), lequel verbe vient évidemment du substantif août? La contradiction n’est-elle pas bien manifeste? Nous engageons les personnes qui font août d’une syllabe, à ramener tous les mots ayant la même racine, comme aoûter, aoûteron, à une prononciation uniforme, c’est-à-dire à prononcer oûter, oûteron, ou si elles persistent à faire août de deux syllabes, à prononcer en conséquence a-oûter, a-oûteron; car il serait en vérité trop absurde que la loi de l’analogie ne pût avoir au moins autant de puissance qu’une plaisanterie, quelque bonne qu’elle soit d’ailleurs.

 

«Il y a plus de cent ans, dit Féraud (Dict. Crit.) que l’a a disparu de la prononciation d’août, et il tient bon dans l’orthographe.»

 

APOSTUME.

 

LOCUT. VIC. Une grosse apostume.

LOCUT. CORR. Un gros apostume ou apostême.

 

Les deux mots apostume, apostême sont aujourd’hui d’un emploi aussi fréquent l’un que l’autre. Nous croyons cependant que les médecins emploient plus volontiers apostême, qui a une couleur un peu plus grecque que son concurrent, et que le vulgaire aime un peu mieux apostume, tout infidèle qu’il est à l’étymologie, mais qui, du reste, est fort ancien.

 

Ce vénérable hillot fut averti

De quelque argent que m’aviez départi,

Et que ma bourse avait grosse apostume.

( er MAROT , Épit. à François I.)