Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Unir.
L’un et l’autre bientôt voit son heure dernière.
(VOLTAIRE, Orph. de la Ch., act. V, sc. 1.)
«Comme presque tous les grammairiens se sont prononcés pour le pluriel, nous pensons, dit M. Girault-Duvivier (Gramm. des Gramm.), qu’on doit employer ce nombre plutôt que le singulier.»
Quand nous voyons l’expression l’un et l’autre, qui exprime nécessairement un pluriel, suivie d’un verbe au singulier, il nous semble réellement entendre quelque cuisinière, ou quelque maître d’école de village, faisant une addition, et disant fort correctement: Un et un fait deux.
—«Dans cette phrase: ni l’un ni l’autre n’ont fait leur devoir, il y a deux sujets; aucun des deux n’a fait son devoir, c’est ce que cette phrase signifie; l’exclusion est commune à l’un et à l’autre, et cette exclusion ne peut être marquée que par le pluriel.
«Les deux sujets concourent-ils à l’action? il y a pluralité dans l’idée, il doit y avoir pluralité dans les mots, et, par conséquent, il faut donner au verbe la forme plurielle. Ainsi, je dirai: ni l’un ni l’autre n’ont fait leur devoir; ni la douceur, ni la force ne peuvent rien. Si, au contraire, un des deux sujets seulement fait l’action, il y a unité, et dès-lors le verbe doit être mis au singulier: ni l’un ni l’autre n’est mon père, parce qu’on n’a qu’un père.» (Gramm. des Gramm.)
UNIR.
LOCUT. VIC. J’ai uni mes destinées avec les vôtres.
LOCUT. CORR. J’ai uni mes destinées aux vôtres.
On lit dans Féraud (Dict. crit., art. Aise): «Le genre de ce mot est incertain au singulier; on ne l’unit qu’avec des pronoms.» Il fallait: qu’à des pronoms.
Avec, après le verbe unir, est évidemment battologique, puisqu’il exprime particulièrement l’union; à convient beaucoup mieux, parce qu’il n’exprime guère que la tendance pure et simple.