Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Déplorable.
Faire des dents est un barbarisme fort ridicule et cependant fort commun.
DÉPLORABLE.
LOCUT. VIC. Voici son déplorable frère.
LOCUT. CORR. Voici son malheureux frère.
Cet adjectif ne peut s’appliquer qu’aux choses. Nous pensons, comme d’Olivet, que Racine a commis une faute dans ce vers:
Prêt à suivre partout le déplorable Oreste,
Et nous sommes étonné que MM. Girault-Duvivier et Boinvilliers aient été d’avis que cet adjectif pouvait aussi qualifier des personnes. Mais comment pourrait-on dire une personne déplorable? On déplore les malheurs d’une personne, mais on ne déplore pas cette personne. Le Dictionnaire des quatre professeurs dit positivement que déplorer ne se dit que des choses, et il a raison.
DÉRAISON.
Ce mot est, selon M. Charles Nodier (Examen critique des dictionnaires) un barbarisme. «Déraisonner est, ajoute-t-il, un mot heureux parce qu’il exprime vivement le défaut de logique d’un homme qui raisonne mal, comme détoner le défaut d’oreille d’un chanteur qui sort du ton; mais on ne dit pas plus déraison que déton.» Ce mot a cependant été employé par Voltaire, Gresset, Chaulieu, Destouches, Mme de Sévigné, etc. Aussi croyons-nous que nous n’hésiterons jamais à en faire usage lorsqu’il se présentera sous notre plume. Il y aurait, selon nous, une espèce de déraison à le repousser.