Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Baigner.

Chez les païens les bacchanales étaient les fêtes de Bacchus, et ces fêtes étaient des orgies. C’est par analogie avec ces fêtes, qu’on a nommé chez nous bacchanale une partie de plaisir où l’on fait des libations nombreuses.

 

Ainsi, en parlant d’un repas marqué par l’intempérance et le bruit, on dira fort bien: C’était une bacchanale; mais si l’on ne voulait parler que d’un grand tapage, ce serait bacchanal qu’il faudrait employer. Taisez-vous; vous faites un bacchanal insupportable. Ce dernier mot se trouve avec cette signification dans le dictionnaire de l’Académie de 1802.

 

BAIGNER.

 

Ils sont allés baigner ensemble.

LOCUT. VIC. On trouva son frère baignant dans son sang.

 

Ils sont allés se baigner ensemble.

LOCUT. CORR. On trouva son frère baigné dans son sang.

 

Lorsqu’il est question de l’action d’une personne qui prend un bain, le verbe baigner doit toujours être pronominal; je me baigne, tu te baignes, etc. Il ne devient neutre que lorsqu’il exprime une chose ou un être inanimé qui trempe dans un liquide: Ces fruits doivent baigner dans l’eau-de-vie; le cadavre du cheval baignait dans le lac. Quant à la seconde locution, l’Académie ne l’admet pas, et Féraud la repousse positivement. On pourrait dire, il est vrai, sauf l’hyperbole, on trouva cet homme nageant dans son sang; mais il y a une distinction à faire à ce sujet; c’est que nager exprime une action, et que baigner, verbe neutre, exprime un état, et que, conformément à l’usage, l’un est toujours employé au participe présent, et l’autre au participe passé. On ne peut pas plus dire un homme baignant dans son sang qu’un homme nagé dans son sang. Le participe présent implique dans un verbe neutre d’action l’idée d’un mouvement qu’on trouve fort rarement dans l’homme qui baigne dans son sang; le participe passé, au contraire, dénotant naturellement l’absence de vie, nous paraît convenir tout-à-fait dans cette circonstance. Aussi le participe présent et le participe passé ont-ils reçu, dans certaines nomenclatures grammaticales, le premier, le nom de participe actif, et le second, celui de participe passif.