Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Pincer.
Un de ses éditeurs modernes, effrayé sans doute du tort immense que pouvait lui faire la faute qu’on lui reproche, a cherché à en atténuer l’énormité en disant que le commandeur se nommait Pierre. C’est là une particularité qu’il est permis de révoquer en doute, par la raison que Molière n’en fait aucune mention, et nous sommes persuadé que si notre grand comique avait eu en vue, dans l’intitulé de sa pièce, le nom propre Pierre, il eût certainement placé devant ce nom le titre d’honneur don, qu’il place toujours devant celui de Juan, et dont un personnage du rang de commandeur ne devait probablement pas être dépourvu. Admirons les grands écrivains, mais n’allons pas follement les croire à l’abri de la plus légère erreur, parce que cela n’est pas, et ne peut pas être.
PINCER.
LOCUT. VIC. Il pince de la guitare.
LOCUT. CORR. Il pince la guitare.
«L’Académie dit pincer ou toucher de la harpe, du piano. Mais on a observé que les verbes toucher, battre, employés pour exprimer l’action de jouer des instrumens, sont actifs, et que l’instrument en est l’objet ou le régime direct. On a conclu de là que ce régime ne doit pas être précédé d’une préposition; et que, puisqu’on dit toucher quelque chose, battre quelque chose, on doit dire, pour parler correctement, toucher le clavecin, le forte-piano, l’orgue; pincer la harpe, la guitare, le luth; battre la caisse, le tambour, les timbales.
«On ne dit plus guère aujourd’hui toucher le clavecin, le forte-piano, l’orgue, mais jouer du clavecin, etc.» (LAVEAUX, Dict. des diff.)
PIPIE.