Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Néamoins.

Du temps de Rabelais, (16e siècle), on disait noyer; du temps de Ménage (17 e siècle) néïer, et maintenant, quand on parle bien, on dit noyer. Les mots ont aussi, comme on le voit, leurs vicissitudes.

 

NÉAMOINS.

 

LOCUT. VIC. Néamoins je l’ai vu.

LOCUT. CORR. Néanmoins je l’ai vu.

 

Néanmoins est une corruption de néant moins, c’est-à-dire, rien moins. Ce mot a précisément la valeur qu’on attribue à la mauvaise locution pas moins dans cette phrase: pas moins, je l’ai vu.

 

NÈFE.

 

LOCUT. VIC. Aimez-vous les nèfes?

LOCUT. CORR. Aimez-vous les nèfles?

 

On dit aussi un néflier et non un néfier.

 

NÈGRE, NOIR.

 

LOCUT. VIC. Le traité conclu entre vous nègres et nous

blancs.

LOCUT. CORR. Le traité conclu entre vous noirs et nous blancs.

 

Il existe entre ces deux mots une différence généralement ignorée en Europe, mais que les colons, et surtout les hommes de couleur noire, connaissent parfaitement bien. Cette différence consiste en ce que noir est regardé par les derniers comme un nom générique, un mot pris en bonne part, tandis que nègre ne leur paraît être qu’un terme de mépris. «Vous opposez les noirs aux blancs, dit Roubaud, et des Nègres vous en faites une espèce de bétail.» Quelle peut être la cause de cette différence de valeur donnée aux mots nègre et noir par la race d’hommes qu’ils servent à désigner? Essayons de la trouver.