Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Nacre.
M. Marle ne reconnaît pas dans mulâtresse un mot français. Quelques dictionnaires récens n’ont cependant pas dédaigné de l’accueillir.
NACRE.
LOCUT. VIC. C’est du nacre.
LOCUT. CORR. C’est de la nacre.
Si les mots étaient fidèles à leurs étymologies, nacre devrait être masculin. Nácar, d’où il vient, est masculin en espagnol.
Nacre et polacre sont les deux seuls mots de cette désinence qui soient féminins.
NATAL.
LOCUT. VIC. Je vous revois, ô lieux nataux!
LOCUT. CORR. Je vous revois, ô lieux natals!
L’adjectif natal a été mutilé par nos grammairiens. Les uns, tels que Andry de Boisregard (Réflexions sur l’usage présent de la langue française), etc., n’ont pas voulu lui accorder de féminin singulier ou pluriel; d’autres, au nombre desquels figurent l’Académie, Féraud, Gattel, etc., lui refusent un pluriel masculin. De sorte que ce pauvre adjectif se trouve réduit à sa plus simple expression, à son masculin singulier.
Cependant l’usage ne s’est pas rendu complice de ce purisme ridicule qui tend à appauvrir notre langue. Il a donné un féminin des deux nombres à natal, comme on pourrait le prouver par un grand nombre d’exemples. Quant au pluriel, il lui en a donné un double, et il nous reste à décider aujourd’hui si l’on doit préférer natals à nataux ou nataux à natals.