Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Rester.
Rester prend l’auxiliaire avoir quand il exprime une action, quand le sujet n’est plus au lieu dont on parle. Il a resté deux jours à Lyon. (Académie.) J’ai resté sept mois à Colmar sans sortir de ma chambre. (VOLTAIRE.) Il prend l’auxiliaire être, quand il exprime l’état de séjour du sujet, quand le sujet est encore dans le lieu dont on parle. Je l’attendais à Paris, mais il est resté à Lyon. (Académie.)
RESTER.
Je reste dans la même maison que lui.
LOCUT. VIC. Tous mes amis sont restés à la campagne.
Je loge dans la même maison que lui.
LOCUT. CORR. Tous mes amis sont demeurés à la campagne.
Rester ne peut jamais s’employer pour loger, et loger ne doit pas s’employer indifféremment pour demeurer. «Demeurer se dit par rapport au lieu topographique où l’on habite, et loger par rapport à l’édifice où l’on se retire. On demeure à Paris, en province, à la ville, à la campagne. On loge au Louvre, chez soi, en hôtel garni.
«Quand les gens de distinction demeurent à Paris, ils logent dans des hôtels; et quand ils demeurent à la campagne, ils logent dans des châteaux.» (GIRARD, Synonymes.)
—«Les Normands ne se peuvent défaire de leur rester pour demeurer: Comme je resterai ici tout l’été, pour dire: je demeurerai» ( e VAUGELAS , Rem. 139.)
Rester n’est bon que quand il signifie être de reste; on dira fort bien en parlant d’un grand carnage: Il n’en resta pas même un seul pour en porter la nouvelle, c’est-à-dire, il n’y en eut pas même un seul de reste qui pût en porter la nouvelle; et c’est en ce sens que M. Fléchier se sert fort à propos de ce verbe, lorsqu’il dit, dans l’Histoire de Théodose: Ils chargèrent si bien ces barbares qu’il n’en resta qu’un petit nombre. Hors ces occasions, rester ne vaut rien; c’est à quoi peu de gens prennent garde, même parmi ceux qui parlent le mieux. Le nouveau traducteur d’Horace dit dans la onzième épître: «Aimez-vous mieux rester à Lébède que de vous exposer tout de nouveau à la fatigue des voyages de terre et de mer? Ne dirait-on pas que tout le monde va sortir de Lébède, et qu’il conseille à celui-ci de n’y pas demeurer seul et abandonné?» (ANDRY-DE-BOISREGARD, Réflexions sur l’usage prés. de la Langue française.)