Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Patte, Pied.
LOCUT. VIC. Ce bouc a une patte noire.
LOCUT. CORR. Ce bouc a un pied noir.
On dit qu’un animal a des pieds, lorsque les membres qui supportent son corps ont la partie inférieure terminée par de la corne, comme cela se remarque chez le cheval, l’âne, le bœuf, le mouton, le bouc, l’éléphant, etc. Quand cette partie est formée par des doigts pourvus d’ongles ou de griffes, on la nomme patte. Les lions, les loups, les chiens, les chats, les souris, etc., ont des pattes. De sorte que les parties inférieures de certains animaux, lesquelles, par leur conformation, établissent le plus de ressemblance entre ces animaux et l’homme, ont précisément reçu le nom qu’on ne veut pas appliquer à ces mêmes parties dans l’espèce humaine. Il y a là certainement ou caprice de l’usage, ou calcul d’amour-propre, et en tout cas sottise.
PAUVRESSE.
LOCUT. VIC. Nous fûmes accostés par une pauvre.
LOCUT. CORR. Nous fûmes accostés par une pauvresse.
Ce mot est proscrit par quelques grammairiens, par M. Blondin entre autres (Manuel de la pureté du langage). Domergue, Laveaux (Dict. de l’Acad., édition Moutardier) et l’usage l’admettent; aussi l’admettons-nous. Un mendiant est un pauvre, une mendiante est une pauvresse et non une pauvre. Il faudrait, pour éviter l’emploi de cette dernière expression qui serait ridicule, parce que pauvre ne peut être employé au féminin que comme adjectif, et qu’il serait ici substantif, il faudrait, disons-nous, se servir de ces deux mots: femme pauvre, qui seraient aussi ridicules parce qu’ils ne rendraient pas encore l’idée exprimée par le mot pauvresse; une femme pauvre n’étant pas toujours en effet une pauvresse, par la raison qu’une femme pauvre peut ne pas demander l’aumône, et qu’une pauvresse la demande ou la reçoit. On voit par là combien il est peu raisonnable de vouloir bannir de la langue un mot bien fait et nécessaire, et que l’usage a d’ailleurs déjà consacré.