Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 100 sur 209

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Cent quarante signes

Vendredi 19 octobre

 

Rêve. Une bougie à la main, j’essaie de retrouver le chien noir, perdu dans la nuit. Mais le vent éteint la flamme à chaque instant.

Rêve. Une voix : « Arrêtez de faire votre cirque. Maintenant qu’il a plu, ça suffit. »

Rêve. Une autre voix : « Elle est morte en un seul volume. »

11 h, Malakoff. Il est au comptoir devant un ballon de rouge. Elle l’apostrophe de l’autre côté de la rue : « Ça va aller ? » Pas de réponse.

Midi. Dans le 58, à côté d’une jeune femme à la peau de porcelaine. Pas rassurée. Peur, peut-être, d’être cassée.

14 h 27, rue des Saints-Pères. La coiffeuse est de trop mauvais poil, je renonce. Je me retrouve libre et sans espoir.

16 h 47, Gaîté. Pas le feu à l’écurie.

16 h 50, Plaisance. Un jeune homme se penche lentement vers une jeune fille de façon que leurs lèvres s’effleurent tendrement.

20 h 30. Petite fête pour les 95 ans de Stéphane Hessel. Son conseil : « Indignez-vous. »

20 h 45. Venu embrasser Stéphane Hessel, Edgar Morin prévient : « Je ne suis pas fatigué, mais fatigable. »

21 h 50, FIAC au Grand Palais. Voilà 20 ans, que j’ai mis la clef de ma galerie sous le paillasson de mes désillusions, mais la porte reste grande ouverte.

Je dis porte pour ne pas dire blessure.

C’est inimaginable ce froid qui s’engouffre là-dedans, tourbillonne là-dedans, dans ces ténèbres.

Jamais vu que du froid entrer dans cette galerie. Du froid dans des ténèbres. Rien d’autre.

La peinture, elle, la pauvre peinture, était bien en peine de réchauffer quoi que ce soit.

Contre un tel froid, de telles ténèbres, tout combat était inégal et évidemment perdu d’avance.