Cent quarante signes
Mardi 5 février
Un peu plus loin, un jeune homme vient vers moi, affolé : « Vous savez où est le 13 BCA ? C’est un bataillon de chasseurs alpins. » e
Roman. L’heureux dénouement à la merci d’une mouche qui se poserait sur le visage de l’amant.
Roman. Vivre n’importe quel dénouement sous la menace d’un vingt ans après.
Radio. Mon désappointement quand les silences sont réduits ou coupés au montage. C’est comme si était déchirée la peau d’un visage.
Mardi 5 février
Malakoff, 8 h 30 er . Rideaux tirés sur la fenêtre du 1 étage. La mort fait la grasse matinée, entre quatre murs.
La difficulté d’écrire « la mort » quand elle nous serre de près, qu’elle touche le plus « réel », le plus « solide » de nos vies.
Sa place est dans le ciel vide, l’accidentel, la fureur des batailles, au cœur de la catastrophe : pas ici, où nos vies suivent leur cours.
On pense dur comme fer que ça n’arrive qu’aux autres, ceux qui, justement, croient se jouer de la mort.
Rien à voir avec son surgissement « pour de vrai », lorsqu’elle arrache ses couleurs au paysage et le sol sous le pied.
Le plus dur des hivers est une plaisanterie des dieux à côté de cette chose invisible dont les ravages font écarquiller les yeux.
Si, pour l’éteindre, on pouvait jeter de l’eau sur la mort comme on lance de l’eau sur le feu…
Vivre, ce n’est que gagner du temps dans le viseur de la mort.
Mercredi 6 février
Malakoff, 22 rue Voltaire.
Ici habitaient