Cent quarante signes
Lundi 21 janvier
J’ai eu l’impression que la marchande de bonbons levait les yeux vers moi, quand je suis passé dans sa travée. Prometteur.
Le tripier a du mal à cacher qu’il se gèle les abattis.
Ce n’est qu’en fin de marché que je me décide à aller chez celle à qui je pense depuis mon arrivée.
Quand vient mon tour, j’énumère sèchement, le regard ailleurs : « Une rougette, deux poireaux, des carottes terreuses… »
« Du persil ? » « Non, pas de persil. »
Les choses se compliquent avec l’arrivée de Sophie Calle qui a entendu dire que je la citais dans des tweets sans sa permission.
Du coup, ce dimanche, est un sombre dimanche : nous ne parlons pas de pommes de terre.
Lundi 21 janvier
Rêve. Quand ma mère vient me rejoindre, personne ne sait prononcer son nom.
Rêve. Dès que le micro est ouvert, on entend un bruit d’eau ininterrompu, de provenance inconnue et dans lequel les paroles viennent se noyer.
Entre deux insomnies, la pensée de mes personnages féminins. Des poupées aux robes brûlées qui reviennent comme un refrain.
Pour arriver en temps utile à mille e tre, j’aurais dû commencer plus tôt, et d’abord par un adagio suivi d’un allegro.
Pour le reste, je suis convaincu que mieux valait vivre à Séville au XVII e siècle.
Mardi 22 janvier
Malakoff, 12 rue de la Vallée.
« Ici habitait Malterre Jean
Mort en déportation »