Cent quarante signes
Mardi 26 juin
En attendant, je retrouve le studio. La boule au fond de la poitrine. Le frémissement qui précède la prise de parole.
Attention. Rouge. Silence. Nous restons immobiles.
Hercule s’apprête à tenir le monde sur son dos.
Je n’ai toujours rêvé que de prendre appui sur ce qui semble stable et j’ai caché mon trésor dans le vif-argent de la parole.
Il arrive que prononcer une phrase, ce soit comme sauter du train.
Le temps de solitude à la sortie du studio. Un avant-goût du grand âge.
Un jour, vous êtes là et le lendemain vous n’êtes plus là.
Un jour vous êtes là et le lendemain vous vous rongez les ongles de rage.
Le titre Du jour au lendemain, soufflé par le sentiment de cette précarité, qui peut mettre du temps à vous rattraper, mais finit par y arriver.
Personne pour faire entendre le silence des émissions disparues.
Mardi 26 juin
Rêve. La jeune fille, seule avec son ombre projetée par les flammes des bougies du gâteau d’anniversaire.
Les livres à la télé, et bientôt à la radio, un pourboire laissé sur le zinc.
Peut-être se rendra-t-on compte un jour, quand il sera trop tard, que cette petite monnaie valait de l’or.
Mercredi 27 juin
Dans la tenaille de deux jambes, tomber sur une histoire.
N’être le descendant que des choses à venir.
Ma bibliothèque est pleine de livres, mais je ne sais toujours pas où ils sont passés.
Dans la librairie d’à côté, une jeune fille seule, assise les yeux tournés vers la porte.