Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 107 sur 209

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Cent quarante signes

Samedi 27 octobre

17 h 35, même rue. Serrurier, dit une enseigne. Un des derniers métiers à ne pas se féminiser. Les femmes ouvrent pourtant bien des portes.

18 h, rue Castagnary. Ciel bas, crachin, presque plus de jour. Au loin, une jeune fille au chapeau rouge.

18 h 50, Malakoff. À la boulangerie : « Quatre fois elle a trouvé du travail ; quatre fois elle a perdu sa place. »

19 h, à la Divette de Malakoff. Un couple au comptoir. Lui : « J’ai rendu la chambre. Si tu sais faire des prières, c’est le moment. »

Les mots, toujours déjà là et jamais là, toujours où on les attend.

 

Samedi 27 octobre

 

Rêve. La mère était une petite fille et le fils, un vieillard.

 

D’un jour à l’autre, aller et venir, puis s’apprêter à partir.

D’un jour à l’autre, quitter son chez-soi, dire adieu à sa langue. Quitter la scène, poings ouverts.

D’un jour à l’autre, tout quitter, dormir dans les étables, dans les granges, les cabanes, les entrepôts.

D’un jour à l’autre, ne pas être autorisé à entrer, ni même à séjourner.

D’un jour à l’autre, être sur le point d’y arriver, mais non.

D’un jour à l’autre, être bien moins loin que ce qu’on imaginait, alors que le chemin ne va pas plus loin.

D’un jour à l’autre, aller et venir, puis retrouver son pays, c’est-à-dire le monde, tel que les catastrophes l’ont laissé.

 

Dimanche 28 octobre

 

Rêve. Lors d’une lecture publique, je roule mes poèmes en boule et me les fourre dans la bouche.