Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 65 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 4 septembre

Comment commencer quand la reproduction est mise au même niveau que l’original ?

Quand j’ai commencé à écrire, en toute ignorance, mon « coach » (s’il lisait ce mot…) s’appelait Yves Bonnefoy.

La chance d’être né sous une bonne étoile. À proprement parler, l’improbable.

En attendant, le roman est au point mort.

Plus qu’à espérer que les tweets produiront des étincelles et que l’une d’elles rétablira le contact.

140 signes : une obole pour se faire pardonner de baisser les bras face aux écrits de 500 pages ?

11 h 30, rue de Tournon. Un balayeur à un collègue : « Il a appelé sa mère, il a la gale. »

17 h 30, rue Delambre. Jeune homme au téléphone : « Je ne peux rien lui dire, elle a le monopole de l’amour. »

18 h, rue Didot. « Les impôts, conseille cette dame chapeautée comme pour un mariage, il faut les laisser mariner. »

D’un jour à l’autre, il devient impossible de se laisser aller à dire du matin au soir des choses dont on ne pense pas un mot.

 

Mardi 4 septembre

 

Rêve. Casque sur les oreilles, je compare les criaillements des paons.

Au réveil, je me suis rendu compte que je n’avais pas rêvé : le passé s’était effondré.

Je croyais qu’on était hier ; le temps est fou ; qu’est-ce qu’on attend pour limiter sa vitesse ?

Se fausser compagnie pour cultiver l’art de mêler les voix.

Dès que j’aurai retrouvé ma voix, j’essaierai de me faufiler dans la chambre interdite.

Désir et fureur : mes instruments de navigation.