Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 132 sur 209

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Cent quarante signes

Samedi 24 novembre

Au lieu de déguster son plat à la bonne température, un type seul sort son portable toutes les 5 minutes pour tweeter. On peut se demander quoi…

Tous ces êtres croisés dans le métro, dans la rue, surpris dans la difficulté de vivre.

Ces bouts de phrases recueillies chemin faisant, du vol à l’arraché.

20 h, Malakoff, avenue Pierre-Larousse.

C’est elle, cette fois. Avec son chien. Toujours dans l’évitement. Dangereux, décidément, de sortir sans son chien.

Sans succès, j’essaie de voir ses doigts.

Minuit. Radio. Quand le son n’est pas bon, la mort crachote dans mes nuits.

 

Samedi 24 novembre

 

Rêve. Les livres de ma bibliothèque sont remplacés par des bocaux de fruits tropicaux.

Rêve aussi, si l’on veut, cesser de lire et lire enfin.

12 h 40. Un collégien à la sortie de Saint-Jean-de-Passy : « Du jour au lendemain, tu fais fortune et c’est trop bon. »

12 h 45, rue de l’Annonciation. Un couple, au café. Elle : « Je t’aime de temps en temps. » Lui : « Moi, je t’aime plus que la dernière fois. »

Un peu plus tard. Lui : « Quand je te vois, mon corps réagit. Il se crée des espaces où je mets des choses de toi. »

Elle : « C’est vraiment pour toi que je suis là, parce que le café, je déteste ça. »

 

D’un jour à l’autre, être la risée du village.

D’un jour à l’autre, voir ses écrits flamber et fondre à vue d’œil.