Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 128 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 20 novembre

Ne jamais abandonner le noir, mais être abandonné par lui.

Partir au diable et en revenir dans les bras d’un ange.

N’écrire qu’avec les mots qu’on peut dire lorsqu’on revient à la vie.

N’écrire que les intrigues que j’aurais vécues.

 

Un rayon de soleil, ce 19 novembre, à 10 h.

Plaire aux jeunes filles qui attendent le 191, chaque matin, sous ma fenêtre.

D’un jour à l’autre, les jours passent plus vite que l’éclair.

 

Mardi 20 novembre

 

Pas de rêves. J’aurais porté une lourde malle toute la nuit qui se révélerait vide au petit matin.

Etrange de ne pas rêver la nuit quand, tout le jour, on a des rêves plein la tête.

Les jeunes filles à l’arrêt Victor-Hugo, derrière la vitre de ma fenêtre. Des rêves de rattrapage.

Je veux bien être pendu si je n’entends pas le chant des oiseaux, ce 20 novembre, à 9 h 37.

Affronter la journée, le cœur à sa place et les sens en éveil.

9 h 30, Malakoff. J’ai éclaté de rire comme un dément en ouvrant la porte, quand je suis presque entré en collision avec la jeune femme au chien.

Ça ne va certainement pas arranger mes affaires. Moi qui ne ris jamais, il a fallu que ça me prenne quand il ne le fallait surtout pas.

Au café de la place, où je me suis réfugié pour tromper mon désarroi, la langue acérée de Paul Claudel.