Cent quarante signes
Mercredi 23 janvier
Rêve. Des déménageurs vident la maison. Je décide de faire comme si de rien n’était.
Rêve. Mon souci est de me laisser tomber avant que la salve soit tirée.
J’ai pris beaucoup de retard pour être en avance.
9 h, arrêt du 191. Le jeune homme blond aux cheveux courts et au regard sévère, armé de son violon, est parti très tôt ce matin.
Cette fois, ni une ni deux, j’ai décidé de le suivre.
10 h, métro. De station en station, je hache l’obsession.
L’itinéraire croise les lignes, file par changements et correspondances.
Casser la ligne, de temps à autre, pour que le matériau fasse peau neuve.
10 h 10, Gaîté. Poétise un peu.
10 h 12. Montparnasse-Bienvenüe. Homme au téléphone : « Ce qui me fait le plus de mal, c’est de t’avoir fait du chagrin. »
Une dame à sa voisine : « Avec un type pareil, je suis dans de beaux bras. »
10 h 17, Vaneau. Un couple. Elle : « Il a tenté le diable, il ne doit pas s’étonner de ce qui lui arrive. »
10 h 22, Mabillon. La dame : « Mais il ne sait pas parler, je te le jure (répété quatre fois) ; je le lui ai dit (répété quatre fois). »
Après un silence : « Je n’invente rien, je te jure (répété quatre fois). »
« À part ça, quoi de neuf ? » demande sa voisine. Long silence. « Eh bien, c’est gai, oui, c’est gai (répété quatre fois). »
10 h 30, rue de Tournon. C’est là que je vis des journées d’écriture, lorsque je ne laisse pas à mes mauvaises pensées la bride sur le cou.
Des journées qui se soldent, dans le meilleur des cas, par une phrase ou deux, tout au plus, surtout depuis que je tweete à tour de bras.
Parenthèse : j’aimerais bien qu’on me dise si tweeter, c’est écrire.
Aujourd’hui, je m’emploie à mettre à jour les notes rapportées d’une « filature » tentée hier. Quelques faits, seulement.