Cent quarante signes
Dimanche 2 décembre
La rue elle-même reste déserte. Juste une voiture de temps à autre. Des jeunes qui laissent hurler leur radio.
Le fil des drames et des catastrophes à suivre sur son écran, bien au chaud.
14 h. De ma fenêtre, j’aperçois ma compagne en grande discussion avec la jeune femme au chien. Pourvu qu’elle ne lâche pas le morceau…
À son retour, pour mettre toutes les chances de mon côté, je sors les roses du frigidaire et les lui offre. Elle est touchée de ma délicatesse.
Le malheur, au fond, ne demande qu’à être pris de vitesse. Chaque fois qu’on maîtrise le temps, le tour est joué.
16 h. Histoire de ne rien faire et d’entrer moi aussi en hibernation, je me décide enfin à ranger les manuscrits qui s’accumulent sur mon bureau.
Le danger qui menace le rangement, c’est la relecture. Remettre ses pas dans d’anciennes filatures avec l’intuition soudaine de nouvelles voies.
Réécrire une phrase, en supprimer une autre que l’on remplace par une troisième et c’est un nouveau manuscrit qui vient rejoindre les précédents.
Assez vite, plus qu’à renoncer. On n’a pas avancé d’un pas. Le désordre s’est simplement accru et déplacé. À quand la nouvelle saison ?
20 h. Je pense à ma mère, lorsqu’elle se faisait belle avant d’aller au théâtre.
Mon père s’impatientait, en bas, dans la voiture.
Peur panique d’être en retard, sans doute, et, surtout, désir que ce soit fini, l’histoire classée, qu’ils soient déjà rentrés.
23 h. Le 191 ne passe plus à cette heure-ci, mais un jeune homme l’attend, le sourire aux lèvres et des fleurs blanches dans les bras.
Dimanche 2 décembre
Rêve. Les enfants meurent d’impatience. Dans les vitrines de Noël, les automates ne bougent plus. Tout reste immobile.
Dimanche. Le marché avant toutes choses. Jamais trop tôt. Certains commerçants répondent présents, dès 4 h 30, 5 h.