Cent quarante signes
Lundi 15 octobre
Quelqu’un qui écoute ceux qui parlent pour, en parlant, essayer de comprendre de quoi ils parlent.
Ceux qui alignent les mots doux pour faire croire qu’ils sont meilleurs qu’ils ne sont.
Ceux qui parlent, surtout, pour regarder ailleurs et se donner l’illusion d’échapper à la folie du jour.
Ces paroles entendues à la radio : des guirlandes lumineuses sur un mur en ruine.
Lundi 15 octobre
Rêve. À la maison, un rat ne quitte pas mes genoux. Sauf pour se déguiser en chien, quand il sort, pour ne pas effrayer les gens.
Quand tout va bien, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche.
Qui n’attend rien ne perd rien pour attendre.
Faire les cent pas, entre quatre murs, submergé par le tic-tac de la pendule.
Devant moi, une enfilade de salles d’attente, d’un gris passe-partout.
L’enfer : ne jamais sortir de la dernière salle d’attente.
Millimètre par millimètre, trouver sa place dans cette salle d’une étendue démesurée et qui ne débouche sur rien.
Malgré la sauvagerie toujours plus sidérante, ce besoin que nous avons de parler.
Nous prêtons aux mots la même aura que la pie à tout ce qui brille, sans nous demander s’ils nous permettent de respirer.
Roman. L’homme étendu dans le trou entouré de bougies blanches, plus seul que jamais malgré les chants repris en chœur.
Mardi 16 octobre
Rêve. Dès qu’ils mettent les pieds hors du centre-ville, les amoureux doivent s’exprimer par des gestes sans paroles.