Cent quarante signes
Lundi 19 novembre
Parler sans trop savoir ce qui, de mot en mot, est en train de se perdre.
22 h, Gaîté. Laisser courir.
22 h 10, rue Crié. Deux femmes à la sortie du métro. L’une d’elles parle d’un « sexe biscornu ». « Je n’en dirai pas plus », ajoute-t-elle.
22 h 15, avenue Pierre-Larousse. Un homme pousse des cris dans le froid du vent.
D’un jour à l’autre, se retrouver l’âme en lambeaux.
Lundi 19 novembre
Rêve. L’heure change dès que je change de couleur de pull. C’est avec le rouge que le temps passe le plus vite.
Rêve. Mon émission est introuvable. Je cours à la radio, un drap arraché à mon lit sur le dos pour tout vêtement.
Une nuit, ce rêve n’en fut pas un. Je fus appelé à la radio un quart d’heure avant la diffusion de mon émission, introuvable.
Ce n’est pas un drap que je pris avec moi, mais Le Bavard de Louis-René des Forêts, qui se trouvait par hasard sur ma table.
Et en direct, le cœur battant, je dus en improviser la lecture au micro d’une trentaine de pages.
Depuis cette nuit, une « émission de secours » resta à la disposition des techniciens, en lieu sûr, pour le cas où pareil malheur se reproduirait.
Inventaire très édulcoré de quelques-uns de mes fantasmes.
Etre un paysan dans un village.
Pénétrer les vallées au fil des rivières.
Etre centenaire sans jamais avoir quitté les jupes de ma mère.
Ne plus parler qu’aux gens qui ne veulent du mal à personne.
Fêter la disparition de toutes les logiques glaçantes.