Cent quarante signes
Dimanche 10 février
La leucémie était le mal qui l’avait tuée et les huit lettres de ce mot nouveau furent pour moi le miroir qui reflétait l’horreur.
Il y a quelques jours, la leucémie s’est invitée une fois encore dans ma vie.
Elle s’est jetée férocement sur mon frère, sans que rien ni personne ne puisse l’arracher à ses crocs.
La maladie ne prend pas son temps. Seule une vie peut donner l’impression de calmer son impatience.
Roman. En effleurant à peine le clavier, le pianiste sentait la mort s’annoncer sous ses doigts.
Dimanche 10 février
Rêve. Au marché de Malakoff, les commerçants viennent d’un autre pays et parlent une langue inconnue.
10 h, au marché de Malakoff. Des étals à peu près vides, de vieux rogatons, des restes. Une misère.
La marchande de légumes, au mépris de ses clients fidèles, n’a pas fait le déplacement. Le mauvais temps a bon dos.
Peut-être est-elle en thalasso, à Quiberon, avec Sophie Calle, qui brille elle aussi par son absence.
Comme par hasard, les deux, chaque fois, font la paire.
Le charcutier, une radio accolée à l’oreille : « L’équipe de France a encore perdu hier et le pire est à venir. »
« Les fastes sont derrière nous, annonce la crémière, cachée derrière des lunettes noires. C’est la crise sur le gâteau. »
« Il faut laisser passer ces jours, donner du temps au temps », conseille le boucher peu amène.
Rien à faire, Clémentine, la marchande de primeurs marocaine, au corsage échancré sous sa parka, n’a pas le sourire.
J’ai l’impression qu’il suffirait qu’elle sourît pour céder au vertige.