Cent quarante signes
Dimanche 20 mai
Dès que nous nous adressons ne serait-ce qu’à une seule personne, le saltimbanque n’est pas long à montrer la tête.
Vaquer à ses tâches en jouissant de son humilité, dans le souvenir de Robert Walser.
Nous sommes tous plus ou moins des pauvres bougres incapables de nous contenter de vaquer à nos tâches.
Nous n’acceptons pas de voir le temps passer sans avoir fait, comme on dit, « quelque chose de notre vie ».
Une chose mémorable, évidemment, bien au-delà de notre vie.
À l’habit de lumière du torero correspond l’habit de tempête du poète. Les turbulences restent identiques.
Être poète, c’est peut-être d’abord faire respirer le feu de la voix.
Rompre avec fracas tout pacte d’utilité avec les choses.
L’une des raisons d’être de la poésie est d’être sans raison.
Ici, jour après jour, je m’efforce d’assembler les pièces d’un monde sans oublier les existences qui le traversent (J.-L. Nancy).
Si un livre n’est pas autre chose qu’un livre, on peut s’en enlever les mots de la bouche.
Je me souviens qu’avant le Déluge j’aimais l’odeur des fleurs rares.
Pas encore l’âge, heureusement, de rechercher l’ombre des gouttes de pluie sur des fleurs inconnues.
La tension embarrassée qu’on traîne, parfois, quand on n’a plus vingt ans.
La mort, ça commence peut-être par le constat, un jour, que l’on n’est plus capable d’admirer.
Dimanche 20 mai
Rêve. Les lumières de la ville, au loin, se reflètent dans la terre boueuse où je me suis réfugié pour écrire.
Là-bas prend sa revanche sur ici.
Espérer faire trembler l’air en parlant de tout et de rien.