Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 82 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 26 septembre

On s’en remet aux mots pour fixer les choses, dont ils ne sont pourtant presque jamais les contemporains.

Dire « les choses », c’est une façon de se refuser l’audace de parler de la beauté.

Autrefois, quand je tenais une galerie, j’attendais impatiemment la venue des « collectionneurs ».

La beauté était au rendez-vous sur les murs, mais c’était les visiteurs, et mieux encore, les acheteurs, qui ne franchissaient pas la porte.

Aujourd’hui, les rues que j’arpente sont noires de monde, mais ce qui manque, ce qui fait cruellement défaut, c’est la beauté.

Un trop-plein de choses et un défaut de beauté qui, certaines nuits, celle-ci par exemple, me tourmente à mort.

Le tourment, c’est peut-être ce que mes mots parviennent seulement à fixer.

Un moins que rien, donc, un vieil arpenteur plus vieux à chaque pas et qui s’adresse à vous à travers ses pas, tel est mon personnage.

Roman. Depuis l’enfance, en société, il a toujours l’impression que les pattes d’un ours vont se poser sur ses épaules.

Il ne s’est pas rendu compte qu’avec le temps avait été abolie la distance entre l’ours et lui.

 

Mercredi 26 septembre

 

Rêve. Dans cette baraque foraine les moutons entrent tondus à ras et sortent avec de la laine sur le dos.

15 h, Mabillon. Adolescente mâchant du chewing-gum : « Avant, j’écoutais mon iPod. Maintenant, je ne sais pas, je ne peux plus arrêter la musique. »

Ce n’est pas tous les jours facile de ne pas être musicien.

Je me faufile dans les rues, mes tweets se faufilent sur le fil : c’est comme ça que ça marche.