Cent quarante signes
Décembre
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Samedi 1 décembre er
Rêve. Relecture d’un manuscrit qui doit être le livre de ma vie. Je suis accablé par sa médiocrité et la conviction que je ne ferai jamais mieux.
Rêve. Visite d’un ministre berlusconien. À son départ, je lui demande d’ouvrir sa serviette pour m’assurer qu’il n’emporte aucun de mes livres.
Roman en partie autobiographique. Un possédé fait son chemin à la radio. Il y creuse une carrière de silence.
Quand le silence le lâche, la longueur de la laisse est la seule marge de manœuvre.
Lâché par le silence, c’est simple, il ne parle plus. Ou s’il chuchote accidentellement deux ou trois mots, ce n’est pas lui qui parle.
Seule la menace, dans ce cas, a voix au chapitre. L’homme est entièrement sous l’influence de la menace.
On pourrait dire aussi qu’il est sous la menace de la menace, ce serait encore plus vrai.
Sous la menace de la menace, pas de risque d’un mot de plus, d’un mot de trop.
Roman. Une seule phrase où il n’est question que de la nuit. Le lecteur, plongé dans cette phrase, se demande si ça changera un jour.
10 h, Malakoff. À l’arrêt du 191, rien qu’une vieille femme anéantie par le froid. Pas d’histoire à lui prêter pour essayer de la réchauffer.
Le bus arrive. L’ouverture de la porte fait entendre des bouffées de glapissements. Il repart presque aussitôt.
Sourires contraints de ceux qui viennent de le manquer. Les jeunes filles, elles, en auraient ri à gorge déployée. Mais le samedi n’est pas leur jour.
Des poignées de main, des tapotements d’épaules pour toute chorégraphie à l’arrêt Victor-Hugo. Le froid met les fers aux pieds.
Encore un bus qui passe et cette fois plus personne. Ça ne se bouscule pas à l’arrêt du 191.