Cent quarante signes
Mardi 21 août
Venise. Dernière halte avant la rentrée.
Le souci d’un milliardaire, dont on me fait part dans une garden-party : doit-il prendre son jet ou son yacht pour rejoindre son palais ?
À la réflexion, je ne supporte plus les garden-partys que lorsqu’il pleut à torrents.
Entre dans les eaux lagunaires un voilier immatriculé à Sydney. Sur le vaporetto, tout le monde l’applaudit.
Quand le matador rate la mise à mort, l’arène siffle.
Quand le marinier, sur le vaporetto, loupe la bitte d’amarrage, personne ne dit rien.
Parmi les mesures à imposer d’urgence pour sauver Venise : l’interdiction de photographier.
Mercredi 22 août
Depuis le début de l’été, j’ai beau prendre le problème dans tous les sens, les arrêts sur les aires d’autoroute, je ne m’y fais pas.
Devoir s’arrêter sur une aire d’autoroute, c’est déjà une bonne raison de rester chez soi.
Mais…
Au bout du tunnel du Fréjus, en sourdine, parmi les grésillements, des voix m’indiquent que j’avance à grande vitesse sur le chemin du retour.
Les voix des stations lointaines se rapprochent, je les entends, elles sont maintenant de plus en plus proches. Je les tiens. Elles sont là.
Ce sont « mes voix », si je peux le dire ainsi, celles que je reconnais dès que j’ouvre la radio, chaque jour que Dieu fait.
Les voix qui s’agitent, oui, dans mon paysage quotidien, que je les écoute ou que je m’en aille loin d’elles en les entendant.
Des voix tièdes, le plus souvent. Qu’on ne capte pas dans les quartiers chauds, tard dans la nuit, où la parole est plutôt à rebrousse-poil.