Cent quarante signes
Dimanche 8 juillet
Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de m’établir au bord d’une rivière à truites.
Dimanche 8 juillet
Villeneuve-lès-Avignon. Les battements d’ailes des poules enfermées dans des cages au marché.
J’aime ce qui commence quand on s’égare hors sujet et qu’on ne se soucie plus de retrouver son chemin.
On est si vite menacés, au fil de la parole, d’agiter des mots dans le vide.
Parler sans entrer dans le jeu.
Ne parler que pour être dans le vrai.
Ne parler que pour mettre le feu aux poudres.
Ne parler qu’avec des interlocuteurs pour qui parler n’est pas un art.
Ne parler qu’avec le peu de mots capables de dire une expérience forte.
Les mots maladroits, à juste distance d’une expérience forte, font entendre la vie.
Quelque chose du désastre, arrêté par la parole. Ne se parlerait-on qu’à soi-même, le monde ne s’écroule pas purement et simplement.
Radio. Dans un entretien, plutôt se fourvoyer dans une impasse que d’ouvrir un boulevard à la rhétorique.
Lundi 9 juillet
Roman. Histoire d’une tête en l’air sur un itinéraire bis.
Sur l’A6, à l’aire du Chien blanc, même le caviar s’avalerait sans plaisir.
Vacances. Plus rien à faire, mais la tension reste, vacante.
De vraies vacances, ce n’est pas la vraie vie. Heureusement, ça n’arrive qu’aux autres.
Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai d’élever des paons bleus des Indes.