Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 67 sur 209

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Cent quarante signes

Jeudi 6 septembre

L’âge de glace n’a pas dit son dernier mot ; le Moyen Âge, si souvent cité en exemple d’arriération, n’est pas prêt à baisser les bras.

 

Jeudi 6 septembre

 

Rêve. Au restaurant, tous les clients du jour sont des vieillards édentés.

Rêve. Dans le train, ma voisine me confie que pour prolonger sa vie, elle a accepté de se faire greffer la tête de son chien.

Chanceler en posant le pied hors de son lit avant d’être projeté dans le tourbillon.

Tempo résolument trop rapide. Il ne faudrait pas que ma vie ait à en souffrir.

Je dois subir tant de choses sans importance, en me laissant emporter par le courant, que je n’arrive plus à déceler ce qui importe.

Pourtant…

Ouvrir les yeux et désirer quelqu’un ou quelque chose plus que tout au monde.

Fermer les yeux et tenir à quelqu’un ou à quelque chose plus qu’à tout au monde.

Enfant, le soir, je fermais les yeux en les serrant très fort pour m’émerveiller du rayonnement du noir.

Pas si étonnant, peut-être, que je me sois retrouvé, plus tard, à vivre ma vie, la nuit, dans un studio de radio.

Radio. Et tout à coup, un simple froissement dans le casque, un grésillement, démentent que je sois enterré vivant.

 

Vendredi 7 septembre

 

En me levant ce matin, j’ai décidé de prolonger l’enfance que je n’ai pas eue.

Remonter le temps en descendant toujours plus bas dans le dérisoire pour autant que soit gardée la force d’en faire le récit.