Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 117 sur 209

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Cent quarante signes

Vendredi 9 novembre

D’un jour à l’autre, dès que vous faites un pas, tout part en arrière.

D’un jour à l’autre, dès que vous faites un pas de plus, tout part en morceaux.

Alors, ce chaos, c’est de la fiction, n’est-ce pas ?

Pas de réponse.

Comment la rage peut-elle mettre le feu à des mots jusque-là sans histoires ?

Les mots sont peut-être eux-mêmes la réponse, du seul fait d’être là et de s’avancer en restant en équilibre sur le fil.

11 h, Gaîté. Rien de neuf à 11 h à la station Gaîté. Oui, je le confirme, rien de neuf.

11 h 15, Concorde. Trois veuves se tiennent les coudes.

11 h 30. J’hésite entre prendre un premier cours de boxe et aller au Louvre.

Je ne me décide pas car, dans tous les cas, je prendrai des coups qui peuvent faire très mal.

D’un jour à l’autre, je le crains, admirer quoi que ce soit, et même qui que ce soit, Claudel, par exemple, devient impossible.

La boxe est donc finalement la bonne solution. On y rend les coups par des coups. Je vais y réfléchir.

Pour le moment, je dois déjà jouer une partie de bras de fer avec l’esprit du roman qui entend faire plier mon souci de la réalité.

Midi, Gaîté. Toujours rien.

12 h 06, porte de Vanves. Les longs doigts de la jeune fille sur cette partie de son jean où, d’ordinaire, le regard ne s’arrête pas.

 

Vendredi 9 novembre

 

Rêve. Hommes et bêtes, nous sommes en sang. Certains ramassent ceux qui agonisent et les remettent sur la route pour qu’ils soient vus.