Cent quarante signes
Mercredi 9 janvier
Si on m’avait dit, adolescent, que je finirais sous ce jour, j’aurais sans doute refusé de vieillir…
Vieux sage, un peu voyeur, des petits jeux, des tourbillons. Vieux sage un peu voyeur et fine oreille. Tout pour plaire.
Le bus est enfin là. Une jeune fille arrive en courant. Le bus repart. Les autres rient. Pas de petit malheur qui ne soit l’occasion de rire.
Qu’en serait-il des grands malheurs ?
Et où est donc passé le jeune homme blond aux cheveux courts et au regard sévère ? Fine oreille, lui aussi, oreille absolue, qui sait ?
À leur tour, les jeunes filles l’auraient fait fuir ?
Midi, rue de Tournon. Ne pas chercher midi à quatorze heures. Ouvrir sur l’aventure, mot après mot, d’un tweet à l’autre.
C’est un jeu, un point c’est tout. Quelles que soient les mésaventures, quand on approche les choses de trop près en 140 signes.
Dans ce jeu, gagner, c’est ne pas perdre le désir de continuer. Tout simplement. Pas d’autre chose à dire et à espérer. Alors, je continue.
Drôle de jeu, tout de même, où il faut s’attendre au pire, faute de mieux.
Depuis que je joue, que je souffle le vrai et le faux, en tout cas, je n’ai pas triché. Pour rien au monde, je n’aurais voulu tricher. Je tiens à le dire aussi.
Mercredi 9 janvier
Rêve. L’escalade d’une façade dans la lumière aveuglante du soleil.
Rêve. Encore l’interview d’un auteur dont j’ignore jusqu’au titre du livre. Restent dix minutes à assurer. Plus l’ombre d’une question.
9 h, Malakoff. Pas drôle d’errer avec son chien de poubelle en poubelle dans la pénombre froide.
Avec les rares passants, nous partageons ce froid, même si chacun le ressent à sa façon.
Coup de théâtre : la jeune femme au chien sort deux chiens ce matin. Aucun n’est le sien.