Cent quarante signes
Samedi 14 juillet
Pas de festival sans débats. Se débattre avec des mots brûlants, croquants sous la dent, les pieds nus dans des sandales de corde.
Samedi 14 juillet
Je pensais qu’aucun événement, à Avignon, ne pouvait surpasser le festival. C’était compter sans le feu d’artifice du 14 juillet.
Sur le plateau, dans le feu de l’action, l’acteur fait naturellement ce qu’il ne ferait jamais dans la vie.
Je vais au théâtre tous les soirs sans avoir l’impression de sortir de la maison de location que j’habite, mais où je ne pourrais pas vivre.
Dimanche 15 juillet
Jean Vilar à des siècles de là.
Les monstres sacrés qui ont fait Avignon, des animaux de parcs zoologiques, quand ils ne sont pas tout simplement traqués dans leur tanière.
Les hommages : des dettes remboursées avec de la fausse monnaie.
Tout le monde parle pour les muets.
Seuls le ciel et les tirades du mistral pour le moment ne changent pas.
Le théâtre souffre tout.
La honte, à certaines représentations, de se trouver malgré soi au cœur du désastre.
Premières. Ceux qui tueraient père et mère pour être vus dans le cercle magique.
Premières. Ceux qui font leur possible pour qu’on ne les reconnaisse pas.
Les spectacles de trois heures qui vous font serrer les poings et ne vous laissent, à la fin, rien dans les mains.
Les spectacles d’une heure dont la fin vous paraît aussi éloignée que les nébuleuses.