Cent quarante signes
Vendredi 4 janvier
C’est sa carte. J’y lis : Alexandra Web, psychanalyste. Suivent l’adresse et le téléphone, évidemment indéchiffrables.
Ce soir, je ne retrouve plus l’étincelle. Disons que je reste un pas en arrière. Je crois préférer continuer de vivre dans le sillage de ce personnage sans savoir qui il est.
Vendredi 4 janvier
Rêve. Ma maison est traversée par un chemin sinueux planté de violettes et gardé par des soldats en armes.
Rêve. Quand j’aurai ajouté le litre manquant, le théâtre sera prêt à couler.
7 h, Malakoff. Le 4 janvier, à 7 h, cherchant sans doute à observer le recul de la nuit, guettant des signes, je suis surpris par une « apparition ».
Dans un tweet lancé du tout petit jour hivernal, je prétends voir Alexandra Web rentrer chez elle, sans son chien, et en titubant.
J’ignore quelle mouche m’a piqué, car, jusqu’à nouvel ordre, je ne sais pas où habite Alexandra Web, ni même si Alexandra Web il y a.
J’ai été trop loin. C’est évident. Ça saute aux yeux. Heureusement que les tweets peuvent bousculer le présent.
Donc, je retire tout ce que je voulais dire sans l’avoir vraiment dit. Faites comme si vous n’aviez rien lu les 3 et 4 janvier. J’efface.
Avec ou sans chien, Alexandra Web est une tache. Voilà tout. J’ai bien dit : une tache. Rien d’autre. Et ce n’est pas rien.
Une masse de couleurs apparemment sans liaisons, sans harmonie, par exemple. Il y a de quoi faire.
Ou peut-être une partie obscure qu’on remarque si on se donne les moyens ou seulement le désir de l’observer de très près.
Ça se complique.
Elle ne doit pas sortir de son rôle de tache, en tout cas. Et j’irais plutôt dans le sens de la couleur.
Une tache de couleur chargée ni plus ni moins d’impulser une vague tension à la grisaille.