Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 40 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 10 juillet

 

Écrire : longer le réel comme on rase un mur.

Écrire : un coup de main pour rester en vie.

Écrire : faire un semblant d’ordre sur fond de la plus intense sauvagerie.

Tous ces jours : un sablier dans lequel la poussière coule grain à grain.

Tous ces jours qui passent, vécus à fleur de peau de chagrin.

Tant d’illusions broyées sur un fond bleu.

Je me demande si je n’ai pas oublié de m’acquitter d’une dette contractée il y a 35 000 ans.

Roman avignonnais. Un acteur écrit le lendemain la pièce qu’il a jouée la veille.

À Avignon, Vilar plaçait le public au centre du festival. La direction actuelle lui demande seulement de nourrir les moustiques dans des files d’attente.

Dans l’enfance, la peur du noir. Plus tard, artisan d’une radio tournée vers la nuit.

 

Mercredi 11 juillet

 

Le plus beau spectacle d’Avignon, la passion des jeunes festivaliers, leur détermination, sur la scène de la vie quotidienne.

Dans les grilles de France Culture, mes émissions ont toujours été des portes dérobées.

 

Jeudi 12 juillet

 

Chaque année, à Avignon, renouer avec le désir sans laisser le dernier mot à la dislocation.

Pas facile de faire passer des émotions, une tension, dans un espace entièrement maçonné par le temps.