Cent quarante signes
Mardi 29 mai
Toutes ces vies dont j’aurai partagé 35 minutes, chaque soir, en étant un étranger parlant à des étrangers.
Lorsqu’on interviewe un auteur dont on n’aime pas le livre, on est comme un suspect qui craint de se couper lors de son interrogatoire.
Au moins, à la radio, là sans être là, je suis dans mon élément.
Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de devenir majordome du pape et j’enverrai des documents secrets à l’Internationale surréaliste.
Mardi 29 mai
Depuis mon premier tweet, le 16 avril, plus le temps d’écrire quoi que ce soit au rouge à lèvres sur la glace de la salle de bains.
Quand je ne tweete pas, je lis. Si possible, des livres qui cultivent l’impatience des commencements.
Pas évident, alors que la plupart des livres sont des réserves de fins supplétives, destinées à retarder l’épreuve de la vraie fin.
Pourquoi cette impatience des lecteurs à toujours vouloir connaître la fin ?
Je m’efforce d’oublier ce que je lis au fur et à mesure pour n’en tirer après coup aucune vanité.
Minuit, l’heure de se taire pour écouter.
Écouter : quand silence et parole sont ensemble sous le même toit.
Mercredi 30 mai
Rêve. Debout, sur un cheval au galop, sur le sentier de la Côte sauvage.
Programme du jour : loin des villes, retrouver les rires perdus derrière les buissons.
Comme il faisait très chaud ce matin, j’ai plongé dans la langue et ça m’a aussitôt jeté un froid.
En deux temps trois mouvements, la langue m’a pour ainsi dire liquidé.