Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 112 sur 209

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Cent quarante signes

Samedi 3 novembre

Le dancing, c’est ce bâtiment juste au bord de la Côte sauvage. Je suis frappé par cette évidence. C’est sûrement là. Ça ne peut être que là.

Ça ne peut être que ce lieu magique.

Voilà, j’y arrive, c’est bien là, pas de doute, et cette fois j’y suis.

Oui, c’est là. Non, ce n’est pas là. À vrai dire, je ne sais plus.

À vrai dire, rien n’est moins sûr.

J’aime trop l’idée d’avoir déchiffré l’énigme. Il ne faudrait pourtant pas qu’une illusion se substitue à un leurre.

Rue des Sardiniers à la tombée de la nuit. Je ne rêve pas : la marchande de légumes m’a bien parlé d’une maison aux volets rouges !

Il n’y en a qu’une au bout de la rue, je ne peux pas me tromper. C’est celle-là, mais les volets sont fermés.

Toc toc, toc toc. Non, inutile de frapper. Personne.

 

Samedi 3 novembre

 

Rêve. Toute la nuit, j’ai voulu me souvenir de mon rêve. Au matin, il s’était envolé.

En route, tête en l’air.

S’engager dans un lacis de chemins, apparemment semblables, sans grande chance d’atteindre le but, si but il y a.

Soudain, le chemin s’arrête, sans qu’on sache pourquoi. Tout est à recommencer.

Le nouveau chemin mène à une plage où se dresse la pancarte : « Attention aux sables mouvants ».

Plutôt se perdre, alors, que de rêver d’un retour au point de départ. et de faire comme si le rêve de partir n’avait jamais eu lieu.

Plus le temps de rêver, je fonce.

Je ne sais même plus si je suis encore sur la route. Je fonce.

Ce qui vous pousse d’un côté plutôt que d’un autre, lorsque vous foncez…