Cent quarante signes
Jeudi 27 décembre
Elle me demande son chemin, alors que je sais à peine où je suis.
Cette façon que j’ai de n’être jamais à ma place et chez moi partout. D’être toujours dans la solitude et jamais seul.
Toujours dans un silence déchiré de récits.
En attendant, devant le silence que je lui adresse, la promeneuse rétaise esquisse de lents pas de danse qui me font baisser les yeux.
Jeudi 27 décembre
Rêve. Mon grand-père, Isaac, se réveille de chez les morts pour me rejoindre au dernier étage de la tour Eiffel où je dois le photographier.
Les dames des villages de l’île de Ré n’iraient jamais chez le poissonnier sans être passées au préalable chez le coiffeur.
Les dames des villages de l’île de Ré sont prêtes à faire des détours pour ne pas risquer d’être vues par leurs amies avec, dans leur sac, des poireaux.
Les chiens des dames des villages de l’île de Ré pourraient dormir sans dommage à vos côtés sous vos draps.
Les colliers aux plaques dorées des chiens des dames des villages de l’île de Ré sont de petites vitrines ambulantes de chez Hermès.
« Doux Jésus, s’écrie cette pauvre dame d’un village de l’île de Ré, j’ai oublié mes couverts à dessert. »
Vendredi 28 décembre
Rêve. Dans le studio, un écrivain que j’interviewe me mitraille de mots, toujours les mêmes, d’une langue inconnue.
À Loix-en-Ré, un vrai changement d’air.
Contrairement à la jeune femme au chien de Malakoff, la promeneuse rétaise a la langue bien pendue.
Signe particulier : à la fin de chaque phrase, elle passe lentement sa langue sur ses lèvres.