Cent quarante signes
Samedi 15 décembre
D’un jour à l’autre, il ne vous reste plus qu’à avoir de la chance.
Tout ce que vous n’avez pas vécu et qui vous reste dans la tête.
Tout ce que vous avez vécu et qui vous est sorti de la tête.
10 h, rue Laforest. « Entre les feuilles mortes et moi, confie la bénévole de la météo, ce n’est pas le grand amour. »
10 h, Gaîté. À ne pas lire si on veut que Dieu soit loué.
14 h 15. Un homme au téléphone sortant de l’Institut de France : « En un mot comme en cent, je vous chie sur les dents. »
15 h, au Bon Marché. Des jeunes filles adorables font avec un soin fou des paquets cadeaux qui seront détruits, le moment venu, en moins d’une minute.
16 h, Duroc. Bien que son visage soit sévèrement amoché, ma voisine proteste passionnément de son amour au téléphone.
16 h 15, rue Laforest. « Ce n’est pas aujourd’hui qu’on se fera une place au soleil », ironise la bénévole de la météo.
Samedi 15 décembre
Rêve. Pour améliorer les performances de ma voiture, un ami m’a donné ce conseil : casser un œuf dans le réservoir d’essence.
Rêve. Je suis en plein dans la préparation d’un dictionnaire amoureux des villages inhabités.
Un sourire dans un visage dont, si longtemps après, le regard m’atteint.
Pas quitte avec ce regard, c’est le moins que je puisse dire, avec les mots d’ici.
Pas quitte avec ce sourire. Elle n’avait pas de mots que je puisse mieux entendre que ce sourire.
Même si elle ne m’avait pas reconnu, n’importe où, n’importe quand, grâce à ce sourire, nous nous serions reconnus.