Cent quarante signes
Lundi 11 juin
Rêve. Ma jambe gauche est morte pendant la nuit et personne ne m’a rien dit.
L’acteur du muet a fait le choix définitif du noir et blanc le jour et à l’heure où il a réalisé à quel point les jeunes filles le faisaient rougir.
L’acteur du muet a failli passer au parlant le jour et à l’heure où son frère est entré pour la première fois dans la cage aux lions.
Ces livres qui ouvrent des chemins imprévisibles dans des paysages que nous pensions sans chemins.
Comme il y a du comique involontaire, il y a de la fiction involontaire, qui résulte de la manipulation de la langue.
On peut être danseur, chanteur ou acteur et haïr la scène. S’y sentir perdu ou en état d’échec. Tout peut alors commencer.
Chaque fois qu’une librairie est remplacée par une boutique de fringues, on se sent un peu plus nu.
Une voix. Elle arrive lentement, avec la douceur d’une caresse. Maintenant, elle balaie la scène, tel un cyclone. Toujours la même voix.
Le poète lève les résistances de la langue. À commencer par la résistance rationnelle, le carcan de la « prose ».
Comment s’en sortir quand on n’a jamais voulu tuer son père et épouser sa mère ?
Mardi 12 juin
Rêve. Je suis perdu dans une phrase. Chaque fois que je crois approcher le point final, un molosse me montre les dents.
Réalité. Je commence une phrase et tous les mots qui la composent tombent comme feuilles en automne. Plus qu’à attendre le printemps.
Quand se lever le matin et subsister jusqu’au soir devient un rêve de grandeur.