Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 78 sur 209

Pages du PDF

Cent quarante signes

Vendredi 21 septembre

Etre né dans la violence de la guerre, c’est être condamné, dès son premier cri, à la perpétuité.

 

Vendredi 21 septembre

 

Rêve. Les micros sont trop éloignés pour capter nos voix. À l’écoute, nous avons d’autres voix que les nôtres. Venues d’ailleurs.

10 h 15, Malakoff. À la promenade, le chien ne m’autorise à faire des tweets qu’à condition que je le laisse humer ce qui ne le mérite pas. C’est donnant donnant.

10 h 30. Chaque fois qu’il voit la promenade toucher à sa fin, le chien me joue les 400 coups jusqu’à ce qu’il obtienne une prolongation.

11 h 30, rue Delambre. Jeune femme au téléphone : « Ça fait six mois qu’on est mariés ; plus rien à se dire, plus rien à se raconter. »

Je m’interroge après son passage : est-ce qu’on peut ne rien avoir à se dire lorsqu’on a un iPhone ?

12 h, rue d’Assas. Une lycéenne à une copine : « Tous les jours il est habillé pareil, mais c’est tout de même un bon prof. »

17 h 45, Mabillon. Les petites injustices de la vie : je n’arrête pas de trouver de l’argent par terre alors que j’ai terriblement mal au dos.

18 h, Odéon. Chez Celio, 50 % sur le deuxième pantalon. Je demande à la vendeuse si je peux me contenter du deuxième. Elle ne trouve pas ça drôle.

22 h 30, Malakoff. Un bourrage de papier, une connexion interrompue, une contravention pour excès de vitesse et une pièce d’Anouilh à la Comédie-Française.

Roman. Dans ce pays, le temps était déréglé. Tout arrivait toujours trop tard ou toujours trop tôt. Il n’y avait plus de bons moments. Jamais.

Impression ce soir d’entendre dans ma voix des intonations de mon père. Un spectre dans la gorge en lieu et place du chat ?

Vers minuit, des coups. Pas les douze coups de minuit, mais des coups dans ma porte.